20070705

Quid du commerce équitable


Récemment plusieurs personnes m'ont demandé ce que je pensais du commerce équitable. Ayant travaillé, il y a des années, 6 mois au sein d'une association qui devait vendre les produits de personnes bénéficiant de microcrédits, j'ai vu de belles idées, mais aussi de mauvaises pratiques. Il ne faut pas cependant oublier les entreprises exemplaires. A chacun de faire son tri.

Selon moi, une entreprise de commerce équitable exemplaire est Bead for Life Store. Les perles sont faites par des artisans à partir de pages de magazines roulées, collées et un peu vernies. Pour chaque collier de 10$ vendu:



  • $1.10 sont utilisés pour financer les opérations en Ouganda,

  • $2.00 vont directement à l'artisan,

  • $2.60 pour les opérations aux US (y compris le transport de la marchandise, des visites dans les écoles, etc.),

  • et les $4.30 restants sont investis dans de projets de développement communautaires en Ouganda.
    Sur 10$, un peu moins des 3/4 du prix revient en Ouganda!

Ailleurs, de tels taux ne sont pas toujours la norme, loin de là. Par exemple, je ne sais pas vraiment quoi penser d'Alter Eco qui affiche fièrement qu'en moyenne seulement 16.53% du prix de ses produits reste dans le pays d'origine en 2006 (p. 48 de son rapport d'activité). Est-ce que cet écart de taux avec Beads for life est dû au fait que ce sont des produits alimentaires? En partie, peut-être. Mais ce ne sont vraisemblablement pas les seules raisons qui expliquent cet écart.

Comme pour l'agriculture biologique, il y a plusieurs catégories. Par exemple, le bio Leader Price et le bio labellisé Nature & Progrès sont deux mondes à part. Une analyse des modes de production derrière ces deux types de produits montrerait de très grandes différences qui surprendraient le consommateur.

Pour le commerce équitable, c'est la même chose. A vous de déterminer à partir de quel point vous estimez que les produits proposés sont équitables: à partir de 50% du prix reversé au pays d'origine...moins....plus? Ce n'est pas facile de le déterminer. De plus, on ne peut pas se fier entièrement aux labels et aux audits qui ont leurs limites. Quand on sait lire entre les lignes en analysant les mêmes chiffres, on est surpris par certains raccourcis faits dans les documents de communication. Mais c'est vrai pour toutes les entreprises, "équitables" ou non.

Le tout est de faire ses choix sans tomber dans le consumérisme et les pièges des "tendances" vertes ou autres. Il faut peut-être se fier au bon sens. Par exemple, mangez-vous des pommes bios qui viennent d'Argentine, ou des pommes non labellisées qui viennent de l'agriculteur du coin? Si ce dernier utilise encore des pesticides, vous pouvez gentiment rouspéter tous les dimanches pour qu'il change son mode de production. (Vive le paysan sur le marché de l'Estacade à Grenoble qui vend des pommes non traitées bien qu'il ne soit pas labellisé bio: c'est du bon sens, car même si ses pommes sont parfois amochées, elles sont toujours délicieuses, et c'est ça qui compte en plus du fait qu'on mange une pomme sans additifs chimiques...(je crois qu'en moyenne une pomme subit 50 traitements...).

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